La technique de respiration holotropique : intense et prolongée

La respiration holotropique a été inventée par le psychiatre tchèque Stanislav Grof, avec pour objectif de remettre l’esprit en place et non pas de redémarrer le système nerveux ou de réparer le corps comme c’est le cas avec la technique de respiration du Toumo.

Le mot « Holotropique » vient du grec « holos » qui signifie « entier » et « trepein » qui signifie « traverser ». La respiration holotropique vise à briser l’esprit, pour le retrouver entier à la sortie.

Il existe plus de 1000 professeurs de cette méthode de respiration (breathwork) et plus de 1 million de personnes ont essayé (2022). On retrouve d’ailleurs de nombreux ateliers partout dans le monde et de plus en plus au fil des années.

Découvrez dans cet article, comment et pourquoi cette technique a rapidement gagné en popularité auprès des psychiatres, comment cela fonctionne, quels sont les bienfaits de ce travail de respiration particulier et les limites de cette pratique.

Le parcours de Stanislav Grof vers la respiration holotropique

Grof étudie à l’Académie tchécoslovaque.

En novembre 1956 à Prague, le département de psychologie s’est vu livrer un échantillon d’un tout nouveau médicament du laboratoire Sandoz. Cette molécule, initialement formulée pour soulager les maux de tête et les menstruations douloureuses, déclenchait des effets secondaires, dont des hallucinations, empêchant clairement la mise sur le marché du médicament.

Mais le laboratoire Sandoz a imaginé proposer ce médicament aux psychiatres pour aider à traiter leurs patients schizophrènes et mieux communiquer avec eux.

De manière surprenante, Grof se porte volontaire pour essayer le produit sur lui-même. 100 microgrammes lui sont injectés.

Il explique avoir vu une lumière jamais vue auparavant, dont il ignorait qu’elle puisse exister, comme le flash aveuglant de la bombe d’Hiroshima. Puis, il s’est vu survoler la clinique, Prague et la Terre.

Il note que sa conscience n’a alors plus de limites et l’appelle la « conscience cosmique ».

C’est l’un des premiers à avoir testé l’acide lysergique diéthylamide 25, soit du LSD.

C’est suite à cette incroyable expérience qu’il devint chercheur en psychothérapie, à Prague, puis aux États-Unis.

Alors que les États-Unis font la chasse aux drogues en 1968, Stanislav et sa femme Christina cherchèrent à bénéficier des effets hallucinogènes, sans terminer en prison…

… C’est là qu’ils découvrent la respiration intense !

Voici quelques livres écrits par Grof :

PUBLICITE LIVRE.

Comment pratiquer la respiration holotropique ?

Voici les éléments principaux de l’approche de la respiration holotropique :

  • Être allongé par terre
  • Dans une pièce obscure
  • Mettre de la musique
  • Respirer aussi vite et fort que possible (ou respirations plus rapides et plus profondes de manière reliée), pendant 3 heures

Respirer aussi vite et aussi fort que possible, jusqu’à l’épuisement, peut placer le pratiquant dans un état de stress provoquant des pensées conscientes et inconscientes.

C’est comme griller un fusible, avant de retrouver un calme planant.

On respire autant que l’on peut, aussi longtemps que l’on peut.

Il y a donc un passage dans l’obscurité de l’âme, durant laquelle le pratiquant fait l’expérience d’une confrontation douloureuse à lui-même. Il peut arriver qu’il soit pris de vomissements ou de crise de nerfs. S’il dépasse cela, il peut avoir accès à des visions mystiques, des épiphanies psychologiques, des expériences de hors-corps et parfois à ce que Stanislav appelle « une mini-mort et renaissance ».

Certains pratiquants racontent avoir vu défiler toute leur vie devant leurs yeux en un éclair. Un état différent d’une séance d’hypnose ou d’une transe.

Après la séance, vous pouvez écrire vos pensées, vos ressentis, dessiner, etc.

Faut-il respirer par le nez ou la bouche ?

Le plus souvent les praticiens conseillent la respiration par la bouche qui permet plus facilement de déplacer beaucoup d’air et de maintenir une respiration ample et accélérée. Mais, ce n’est pas une règle constitutive de la technique.

Vous pouvez commencer par le nez, puis passer spontanément à la bouche lorsque l’intensité augmente, revenir au nez lorsque le processus se calme et alterner ainsi entre les deux souffles au cours de la séance.

Il n’existe donc pas de consigne canonique du type « inspiration par le nez, expiration par la bouche » en respiration holotropique, ni d’obligation de respirer exclusivement par la bouche. Les deux voies peuvent être employées ou alternées selon ce qui survient naturellement, pas nécessairement qu’il faut faire entrer l’air simultanément par le nez et la bouche.

Qu’est-ce que l’on peut ressentir durant une séance de respiration holotropique ?

À mesure que l’on respire vite et fort, voici une liste non exhaustive de sensations ou effet que l’on peut ressentir durant le travail de respiration d’une séance :

  • Commencer à moins sentir ses membres, comme ses jambes
  • Transpirer
  • Avoir froid
  • Avoir les mains qui se crispent de manière incontrôlable

La tétanie musculaire est assez classique dans les méthodes d’hyperventilation, comme dans d’autres pratiques de breathwork.

L’esprit s’évade et des images mentales se mêlent au son de la musique et aux bruit de son environnement. Les états de conscience peuvent donc être un peu modifiés. C’est une exploration intérieure.

Cela est sans lien avec un travail de psychothérapie accompagné d’un thérapeute, psychologue, avec qui vous explorerez la psyché.

Les effets biologiques de ce type de respiration

Au repos, 75 centilitres de sang, soit l’équivalent d’une bouteille de vin, traversent notre cerveau chaque minute.

Même lorsque nous faisons du sport, cette quantité ne varie pas ou peu dans le cerveau

C’est différent lorsque l’on respire vite et fort. En effet, en forçant le corps à absorber plus d’air que nécessaire, nous expirons trop de CO2, les vaisseaux se rétrécissent alors, diminuant ainsi la circulation sanguine, en particulier dans le cerveau.

Dès quelques secondes à quelques minutes d’hyperventilation, l’irrigation sanguine du cerveau peut baisser de 40%.

Les fonctions les plus « touchées » sont celles qui régissent les fonctions comme l’analyse visuelle, les sensations corporelles, la mémoire, l’expérience de la temporalité et l’état de conscience de soi.

Cela peut déclencher des hallucinations puissantes, comme des rêves éveillés ou des sorties de corps.

À mesure que l’on respire plus vite, de plus en plus fort, le sang se retire encore plus de notre cerveau et les hallucinations visuelles ou auditives s’intensifient.

Aussi, un déséquilibre de pH prolongé dans le sang envoie des signaux de détresse dans le corps, en particulier dans le système limbique, qui contrôle :

  • Les émotions
  • L’excitation sexuelle
  • D’autres comportements instinctifs

En maintenant volontairement ces signaux de stress pendant un certain temps peuvent faire croire à notre système limbique primitif que notre corps est en train de mourir, ce qui pourrait expliquer les nombreuses sensations de mort-renaissance.

Le corps est en effet amené dans un état perçu comme potentiellement mortel, avant de le ramener à la réalité par la respiration.

Est-il possible de pratiquer la respiration holotropique seul ?

Vous êtes nombreux à nous interroger sur la pratique seul(e) de différentes méthodes de respiration, sans assistance d’un praticien.

En stage, on travaille en groupe et ensemble, en binôme. Une personne (le veilleur/la veilleuse) veille sur celui ou celle qui pratique. L’un s’allonge donc au sol pour réaliser la technique respiratoire, tandis que l’autre, assis à côté, veille sur le pratiquant.

Faire une session seul(e) est possible, mais certains peuvent regretter le cadre posé par l’assistant et son accompagnement dans le processus. En effet, une longue hyperventilation réalisée seule ne constitue pas à elle seule une séance de respiration holotropique. La méthode complète comprend notamment :

  • Une préparation
  • Un dépistage des contre-indications
  • Un praticien ou facilitateur auprès du respirant
  • Des facilitateurs formés
  • La musique
  • Un travail d’intégration

Enfin, cela nécessite des connaissances de base pour bien pratiquer la ou les sessions.

Les bienfaits de la respiration holotropique

De 1989 à 2001, le Dr James Eyerman a accompagné des patients psychotiques et au total plus de 11.000 patients dans la pratique de la respiration holotropique. Il a noté des bénéfices significatifs et durables chez 482 individus maniaco-dépressifs, schizophrènes ou ayant une autre maladie mentale.

Des milliers de transformations ont été constatées, sans aucun effet secondaire, dans l’incompréhension du personnel hospitalier du Saint Anthony’s Medical Center à Saint-Louis (Missouri).

D’autres études ont également montré de bons résultats sur :

  • L’anxiété
  • Le déficit d’estime de soi
  • L’asthme
  • Les problèmes interpersonnels
  • Etc.

Il faut reconnaitre que d’autres recherches scientifiques sont encore nécessaires.

Ceci étant, certains patients ont obtenu des résultats positifs dans cette pratique, alors qu’ils n’en avaient pas trouvé dans d’autres thérapies. Pour eux, seule la respiration intense leur a fourni une solution.

Il y a certainement une dimension psychosomatique dans cette méthode. Les effets psychologiques mesurables d’une respiration intense et prolongée. Grof pense que certaines expériences visuelles et introspectives sont induites par la réduction du taux d’oxygène dans le cerveau, à mesure que l’on souffle vite et fort.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *